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Discours du préfet à l’occasion de la Fête Nationale

 

L’intégralité de son discours à lire ou relire.

 

Discours d’Eric SPITZ, préfet de la Drôme, à l’occasion des festivités du 14 juillet

Valence – le 13 juillet 2017

La vie d’une Nation est singulière.
Comme tout être animé d’une conscience, elle connaît des moments d’intense bonheur et des moments de profonde tristesse.
Comme tout être incarné,
la Nation peut être fortifiée par la cohésion et l’espérance des hommes et des femmes qui la composent ;
mais elle peut également être blessée ou même meurtrie par la folie ou la haine ; le doute ou la détresse ;
ce moment là, nous l’avons encore connu le 14 juillet 2016, le lendemain du discours que je prononçais devant vous, ici même. Comment aurions nous pu imaginer ce 13 juillet 2016, alors que nous célébrions la devise républicaine « liberté – égalité - fraternité » le retour des barbares à Nice, le 14 juillet, et ce camion fou annihilant la vie de centaines de personnes, mort, blessés, témoins, parents ou amis ?

Dans ces moments là, la Nation se rassemble, la Nation se rappelle que seule compte son Unité, seule compte son Espérance.
La France est une Nation et la France est un peuple ;
Le principe de l’Unité du peuple français fonde la République
et la République est Une et Indivisible !
C’est le sens même de la fête Nationale.
Rappeler à tous,
Proclamer à la face du Monde : "Nous sommes un peuple et nous sommes libres !"

Le 14 juillet 1790, La Fayette réunissait sur le Champ de Mars à Paris, les représentants de tous les départements français, que venait de créer la Convention ainsi que ceux de ce que l’ont nommerait aujourd’hui les membre de la Société Civile ou les forces vives de la Nation.

Ce grand rassemblement qui visait à donner un souffle nouveau à la Révolution et à réaffirmer l’unité de la Nation, fut l’occasion de prêter le serment civique pour tous ceux qui en cet instant communiaient à cette idée nouvelle d’une Nation fédérée par un idéal commun, pour le Roi enfin, qui arborait la cocarde tricolore et se reconnaissait, non plus Roi de France, mais bien Roi des Français.

Une année seulement avait passé depuis que la Grande Révolution avait renversé tous les privilèges et abattu toutes les Bastilles d’un ordre ancien à jamais révolu.

Il fallut attendre près d’un siècle pour qu’en hommage à ce moment d’unité et d’espérance, la IIIème République instituât le 6 juillet 1880, la date du 14 Juillet comme Fête Nationale.

La Fête de la Fédération, la Fête Nationale, est un moment d’unité pour la Nation toute entière. On oublie pour un instant les querelles et les divergences d’opinion, pour rappeler ce qui fonde l’idéal de notre République, autour de sa devise : " Liberté, Égalité, Fraternité".

Pour nous inviter aussi à oublier nos querelles, nos discordes et nos petites rancœurs, pour affirmer ensemble tout ce qui nous unit, tout ce que nous partageons, tout ce qui nous transcende, tout ce qui nous permet d’affirmer, ici et maintenant : "Nous sommes un Peuple !".

"Nous sommes un Peuple !" et nous le proclamons : nous sommes le Peuple Français, qui porte son héritage, tout son héritage, le meilleur, comme le pire, fier de ses luttes et de ses conquêtes, et assumant la responsabilité de ses erreurs comme celle de ses fautes.
Un peuple en définitive n’est grand que par la connaissance de son Histoire, non pas son Histoire romancée ou fantasmée, mais bien son Histoire vérifiée et assumée.

"Nous sommes un Peuple !" et nous assumons cette souveraineté que nous ne déléguons qu’en conscience et pour un temps donné, par la voie des urnes, tout en demeurant vigilants.

Nous sommes un peuple et nous devons faire preuve des deux vertus cardinales : la cohésion et la mesure.

La cohésion ;
parce que l’on ne construit pas seul son avenir, parce que nous avons conscience que nos identités multiples sont une chance formidable et que nous ne pouvons saisir cette chance que si nous-mêmes nous demeurons solidaires.
Parce qu’être européen et français nous place justement dans un formidable réseau de solidarité autant que de responsabilité.
Parce que nous ne pouvons nous enrichir de nos différences que dans la rencontre et le partage ; qu’en ayant pleinement conscience que notre force dépend de notre unité.
La cohésion ce n’est pas l’uniformité. La cohésion ne nie pas le débat, ni la contradiction, pas même les oppositions, pas même le conflit :
mais la cohésion c’est la capacité de chacun d’entre nous d’oublier en un instant, tout ce qu’il est, au nom de quelque chose qui nous transcende et qui nous rend plus fort, la conscience première de notre Unité et de notre Destin commun.

La mesure aussi ;
parce qu’elle est la première des vertus, celles des anciens et des sages, celle de ceux qui connaissent l’histoire et conservent l’héritage, ceux qui gardent la conscience du Temps et ne vivent le présent que comme un moment de passage, entre le passé et l’avenir, entre ce qui fut et ce qui sera, entre ce qui se perd et ce qui devient, entre le lointain et l’ailleurs.
Le présent n’est qu’éphémère, tout ce qui ne s’inscrit que dans le présent est voué à l’oubli et à l’échec si nous n’avons pas cette conscience de l’avenir, cette conscience que nous ne sommes que des passeurs.
La mesure tempère l’ambition et rend toute chose possible, sans pour autant contraindre l’intelligence, ni limiter le champ de l’action.
La mesure c’est ce qui rend possible les rêves, ce qui nous permet de transcender l’exaltation de l’instant pour réaliser avec autant de patience que de conviction, avec autant de lucidité que d’espérance, tout ce qui nous anime, tout ce qui nous porte pour rendre notre monde meilleur et livrer à nos propres enfants un héritage autant qu’une espérance.

Saisir sa chance !

C’est bien ce moment auquel est parvenu la France, ce moment auquel nous sommes parvenus ensemble.

C’est à nous d’affirmer qu’il existe bien une voie pour la France, nous qui croyons possible une France de la justice sociale et d’un projet économique audacieux.

Nous avons foi en nos rêves parce que nous croyons que l’Homme doit être au centre de tout projet.

La Drôme doit poursuivre son développement fondé sur l’audace et sur le respect de chacun. Nous sommes drômois et nous sommes français, nous sommes drômois et nous sommes européens parce que nous avons conscience d’avoir une histoire commune et la volonté de construire un destin commun.

Chacun de nous, quelles que soient ses origines, quelle que soit sa place dans notre société, quelle que soit sa fonction, son grade ou son rang, quel que soit son rôle dans la formidable dynamique politique, économique, sociale ou culturelle, doit avoir cette conscience de n’être qu’un passeur pour assumer pleinement son rôle de bâtisseur.

Chacun de nous doit avoir cette conscience que le temps est compté et que quoi que nous fassions, quels que soient nos paroles et nos actes, seule compte la valeur de ce que transmettons aux générations futures.

Et en définitive une seule idée demeure, celle de notre Unité, celle de nos valeurs communes, celle de ce serment que nous conservons en nous même, pour que vive la Drôme, pour que vive la République et pour que vive la France.