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29 novembre 2017 : Commémoration de l’accident de Loriol

 

Ce mercredi 29 novembre marque le triste anniversaire de l’accident de Loriol qui avait fait 5 morts parmi les pompiers volontaires, lors d’un accident qui était survenu sur l’A7.

 

Le préfet, Eric Spitz participe ce matin à la commémoration de l’accident de Loriol.

"Le 29 novembre 2002, les sapeurs pompiers de Loriol sont appelés pour un accident de circulation sans gravité sur l’A7, au niveau du pont enjambant la rivière Drôme. Il est environ 20h30.

L’accident n’est pas particulièrement grave, l’intervention est plutôt banale. Les pompiers disposent le matériel de signalisation habituel. Tout se passe comme d’ordinaire.

Rien ne laisse imaginer que les cinq personnes que je viens de citer s’apprêtent à laisser leur vie en mission ce soir-là.

Rien n’indique qu’un homme est sur le point de tuer cinq pompiers parce qu’il roule trop vite.

Rien n’annonce que cinq familles seront marquées indéfiniment à l’encre du malheur ce soir-là."

Intégralité du discours d’Eric Spitz :

" Allocution d’Eric SPITZ, Préfet de la Drôme

Commémoration de l’accident de Loriol
29/11/2017

Madame la députée,
Madame la Présidente du Conseil départemental,
Monsieur le Président du Conseil d’administration du service départemental d’incendie et de secours,
Monsieur le Maire de Loriol,
Monsieur le Président de l’Association de défense des familles des sapeurs pompiers du centre de secours Les cinq étoiles,
Monsieur le directeur du service départemental d’incendie et de secours, Mon Colonel,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,

Il est des discours qu’on préférerait ne pas avoir à prononcer.

Celui d’aujourd’hui pourrait tenir en cinq noms qui en disent davantage sur les pompiers qu’une longue déclaration.

Didier BOURGEAT,
Laurent BROQUET,
Patrick DUC,
Eric DUVEAU,
José GARRIDO.

Le 29 novembre 2002, les sapeurs pompiers de Loriol sont appelés pour un accident de circulation sans gravité sur l’A7, au niveau du pont enjambant la rivière Drôme. Il est environ 20h30.

L’accident n’est pas particulièrement grave, l’intervention est plutôt banale. Les pompiers disposent le matériel de signalisation habituel. Tout se passe comme d’ordinaire.

Rien ne laisse imaginer que les cinq personnes que je viens de citer s’apprêtent à laisser leur vie en mission ce soir-là.

Rien n’indique qu’un homme est sur le point de tuer cinq pompiers parce qu’il roule trop vite.

Rien n’annonce que cinq familles seront marquées indéfiniment à l’encre du malheur ce soir-là.

Trois autres pompiers sont blessés : Salvatore SCIFO, Xavier CHAMBAUD et Anthony DUC.

L’émoi national est immédiat, sincère.

Le Président de la République, Jacques CHIRAC, se rend sur place pour une cérémonie d’hommage et de remise de distinctions.

La France se rappelle alors avec effroi qu’un pompier peut périr en mission.

En juin 2004, le Ministre de l’Intérieur, Dominique de VILLEPIN, inaugure ce monument en mémoire des cinq sapeurs-pompiers décédés.

15 ans après cette tragédie, l’émotion est intacte et je pense en premier lieu aux proches de ceux qui sont décédés ainsi qu’aux trois blessés dont la vie a été bouleversée.

On sait évidemment qu’un pompier court des risques, qu’il n’est jamais tout à fait en sécurité, qu’il n’a choisi ni la facilité ni la tranquillité.

On s’en doute, on le dit parfois dans les familles de pompiers : sacrifier sa vie est une éventualité que l’on ne peut jamais totalement exclure.

Il n’empêche, on ne se résout jamais vraiment à cette idée.

J’imagine, sans la mesurer vraiment, que votre peine est insondable, qu’une telle perte est inacceptable.

Les années qui passent ne combleront jamais l’absence ni n’apaiseront votre colère d’avoir perdu un fils, un frère, un compagnon, un mari, un ami.

Votre chagrin nous rappelle que derrière chaque pompier, volontaire ou professionnel, se trouvent des proches.

Les familles sont les soutiens indispensables de ceux qui garantissent notre sécurité.

Ce sont aussi elles qui assument la portée immense de leur engagement. Nous leur devons beaucoup et je tiens à les saluer.

Le drame de Loriol n’aura pas été vain.

Il a d’abord permis de renforcer et de formaliser les consignes à observer lors des interventions sur des accidents de voiries.

Il a aussi contribué, avec d’autres tragédies, à une prise de conscience nationale des risques de la route.

En 2002, la lutte contre les comportements à risque sur les routes n’avait rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui.

Par l’aller-retour constant entre la prévention et la répression, les services de l’État luttent contre ce que le Président Jacques CHIRAC avait appelé il y a 15 ans « un scandale national », celui de la délinquance routière.

A l’échelle nationale, le nombre de tués sur les routes a été divisé par deux en 15 ans.

Dans la Drôme, les résultats cette année ne sont pas bons en comparaison de l’année précédente. Ils ne sont jamais bons dès lors que ne serait-ce qu’une vie est perdu lors d’un accident de la route.

Ils sont toutefois très en-deçà de ce qu’ils étaient il y a 15 ans : nous sommes passés d’une centaine d’accidents mortels en Drôme par an à une quarantaine.

J’ai eu l’occasion de l’affirmer à maintes reprises lors d’actions de répression médiatisées ou récemment lors de la visite d’un centre de polytraumatisés avec des personnes ayant commis des délits de la route : nous ne pouvons plus accepter que les routes soient le théâtre d’accidents qui auraient pu être évités en respectant les règles.

Le soutien des associations dans la prévention routière est irremplaçable ; je veux aujourd’hui saluer Monsieur BROQUET, le père de Laurent, pour les nombreuses actions de sensibilisation qu’il entreprend, par delà la douleur, avec humilité.

Votre témoignage est plus précieux que n’importe quel campagne télévisuelle. Je vous en remercie sincèrement.

Les statistiques de la mortalité routière sont le froid reflet de drames personnels, elles ne doivent pas faire oublier que pour un décès sur la route, on compte 10 accidentés graves.

Je veux saluer les pompiers blessés le 29 novembre 2002. Vos parcours sont des leçons de ténacité et de dignité. Par vos vies, vous avez honoré la mémoire des pompiers qui nous ont quitté.

Aucune statistique ne restituera jamais aussi authentiquement que cette cérémonie et que vos récits l’atroce réalité d’un accident de la route.

Ce drame ne sera jamais vain tant que nous le garderons en mémoire.

Nous perpétuons aujourd’hui le souvenir d’hommes qui incarnaient la devise des pompiers « Courage et dévouement ».

Du courage et du dévouement.

Vous en avez fait preuve il y a 15 ans pour repartir sur le terrain les yeux rouges de larmes et les cœurs lourds de la mémoire de vos amis décédés sur l’autoroute A7.

Vous en avez fait preuve à chaque inondation qu’a connu la Drôme pour mettre en sécurité ceux qui appelaient le 18 comme un dernier espoir dans une scène de désolation.

Vous en avez encore fait preuve cet été en prêtant main forte, très nombreux, aux départements du sud de la France touchés par des incendies de grande ampleur.

Vous en faites preuve chaque jour en gardant votre calme au centre d’appel quand une femme balbutie au téléphone que son enfant est en train de mourir et que vous sentez que sa survie dépend de votre réactivité.

Vous en ferez preuve demain quand la Drôme affrontera les difficultés que nous réservent le changement du climat ou, parfois, le durcissement de vos conditions d’intervention dans certains quartiers.

Pour avoir été invariablement dignes de votre devise, en signe de reconnaissance de la nation, en mémoire de vos amis, de vos actions quotidiennes, et de votre engagement sans faille, j’ai décidé de remettre la médaille de bronze pour acte de courage et de dévouement au corps départemental des sapeurs-pompiers de la Drôme.

A l’occasion de la Sainte Barbe, j’aurai ainsi l’honneur de remettre la fourragère sur votre drapeau.

En ce jour symbolique du 29 novembre qui commémore mieux qu’aucun autre l’abnégation des pompiers drômois, un arrêté décernant cette distinction est publié au Recueil des Actes Administratifs spécifique.

Dans un discours à la jeunesse, Jean Jaurès déclarait en 1906 : « avoir du courage, c’est aimer la vie et regarder la mort d’un regard tranquille ».

Vous qui aimaient tant la vie pour avoir sauvé si souvent celle des autres, vous acceptez pourtant la possibilité de la laisser en mission comme le firent Didier, Laurent, Eric, Patrick et José il y a 15 ans.

La distinction pour acte de courage et dévouement attribuée aujourd’hui n’adoucira pas la perte des cinq pompiers de Loriol.

Elle permettra simplement de se rappeler leur engagement, le vôtre, que vous considérez comme banal alors que nous le pensons exceptionnel.

Vous vous donnez à une grande cause sans savoir quelle récompense réservent à votre effort les aléas de l’existence, ni s’ils lui réservent une récompense.

Vous ne courez pas après les médailles, vous n’avez certainement pas choisi par vanité d’être pompiers.

Sachez toutefois que par cette distinction, la patrie vous remercie.

Vous qui donner un sens et une réalité très concrète à l’expression « vivre-ensemble ».

Vous qui acceptez de périr pour vos compatriotes, la France vous admire et se rappellera à jamais l’engagement des pompiers drômois, passé et à venir."